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18 mois de formation CNASEA peuvent ne valider que 2 trimestres retraite : l’écart expliqué

Clara Lévêque-Dumontel 8 min de lecture

Une formation professionnelle rémunérée par le CNASEA peut compter pour la retraite, mais pas toujours à hauteur de sa durée réelle. Tout dépend de la nature du stage, des cotisations d’assurance vieillesse retenues et de ce qui figure sur le relevé de carrière. C’est là que l’écart apparaît le plus souvent : un stage de plusieurs mois peut n’ouvrir que peu de trimestres.

Pour les anciens stagiaires, surtout dans les dispositifs de formation continue, d’insertion ou assimilés, la question est donc précise : quelles périodes ont été retenues et combien de trimestres ont été validés ?

Ce qui compte vraiment pour la retraite : cotisation, assimilation et relevé de carrière

Être rémunéré par le CNASEA ne suffit pas toujours

Le CNASEA a longtemps servi au paiement de certaines rémunérations de stagiaires de la formation professionnelle. Pourtant, le versement d’une allocation ou d’une indemnité ne veut pas dire que chaque mois de formation valide automatiquement un mois de retraite. Dans beaucoup de cas, les stages de formation professionnelle continue donnaient lieu à des cotisations d’assurance vieillesse forfaitaires.

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Ces cotisations pouvaient être prises en charge par l’État, la Région ou un Opco selon le dispositif concerné. Le mécanisme diffère donc d’un salaire classique. Ce n’est pas forcément la rémunération perçue par le stagiaire qui sert de base complète aux droits. Résultat, une période peut être reconnue et pourtant produire moins de trimestres que la durée calendaire du stage.

La notion de période assimilée change l’analyse

Une période assimilée est une période qui peut être retenue pour la retraite même si elle ne correspond pas à un emploi classique avec cotisations salariales ordinaires. La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 et le décret n° 2023-799 du 21 août 2023 ont ouvert la validation de périodes assimilées pour certains stages. La Cnav a ensuite actualisé ses dispositions relatives aux stages de formation professionnelle continue, notamment par une circulaire du 11 avril 2024.

Cette évolution compte pour les anciens stagiaires, car certains dossiers jusque-là incomplets peuvent être relus à la lumière de ces règles. Cela ne veut pas dire que tous les stages CNASEA sont régularisés d’office, mais que certaines situations méritent une vérification plus attentive.

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Quels anciens stages peuvent être concernés ?

Les dispositifs historiques à repérer

Les périodes les plus sensibles sont souvent anciennes, car les intitulés figurant sur les justificatifs ne sont pas toujours ceux utilisés aujourd’hui par les caisses de retraite. Il peut s’agir de stages de formation professionnelle continue, de stages pratiques en entreprise, de dispositifs destinés aux jeunes ou aux demandeurs d’emploi, ou encore de mesures d’insertion proches dans leur logique.

Parmi les dispositifs fréquemment cités figurent le stage d’initiation à la vie professionnelle, souvent abrégé SIVP, les travaux d’utilité collective, connus sous le sigle TUC, ainsi que certains stages concernant les jeunes volontaires ou les demandeurs d’emploi. Les périodes antérieures à 2015 demandent une attention particulière, car elles peuvent relever de règles différentes de celles des formations actuelles.

Période ou dispositif Point de vigilance retraite
Stages de formation professionnelle continue Cotisations vieillesse souvent forfaitaires, donc validation parfois partielle
Stages antérieurs à 2015 Possibilité d’analyse au titre de périodes assimilées selon les cas
TUC, notamment périodes 1984 à 1990 Dispositif historique à vérifier précisément sur le relevé de carrière
SIVP, notamment années 1982 à 1987 Intitulé parfois mal identifié dans les documents anciens
Certains stages des années 1977 à 1982, 1991 ou 1992 Contrôle nécessaire des justificatifs et de la nature exacte du stage

Tous les profils ne sont pas dans la même situation

Les demandeurs d’emploi, les jeunes stagiaires, certaines personnes handicapées ou encore des personnes détenues ayant suivi une formation peuvent être concernés par des règles de prise en compte spécifiques. Le critère déterminant reste la nature du dispositif, la période, l’organisme ayant pris en charge les cotisations et la manière dont la caisse de retraite a enregistré l’information.

Il faut donc éviter les conclusions rapides. Deux personnes payées par le CNASEA à la même époque peuvent avoir des relevés différents si le stage n’était pas rattaché au même dispositif, si la durée n’était pas identique ou si les cotisations forfaitaires n’ont pas permis de valider le même nombre de trimestres.

Pourquoi la durée du stage ne donne pas toujours le même nombre de trimestres

Le rôle des cotisations forfaitaires

Pour valider un trimestre au régime général, il ne suffit pas d’avoir été présent pendant trois mois dans une formation. Le système repose aussi sur une assiette de cotisation ou un montant retenu. Or, dans les stages de formation professionnelle rémunérés par un organisme public, les cotisations d’assurance vieillesse pouvaient être calculées sur une base forfaitaire faible.

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C’est ce faible montant qui explique de nombreux écarts. Un stage de 10 mois ne produit pas forcément le même résultat qu’un emploi salarié de 10 mois. De même, une période de 18 mois peut parfois ne laisser apparaître que 2 trimestres, alors que l’assuré s’attendait spontanément à 5 ou 6 trimestres. Ce n’est pas forcément une erreur : cela peut découler du mode de calcul applicable à l’époque.

Exemples d’écarts qui doivent alerter

Dans certains dossiers anciens, on retrouve des montants annuels ou partiels exprimés en francs, par exemple 6388 Fr, 6532 Fr, 9483 Fr, 5384 Fr ou 16234 Fr. Ces chiffres peuvent correspondre à des bases ou rémunérations déclarées très inférieures à un salaire annuel classique. Ils aident parfois à comprendre pourquoi 1 trimestre, 2 trimestres ou 3 trimestres seulement ont été retenus.

Le bon réflexe consiste à comparer trois éléments : les dates exactes du stage, le montant reporté sur le relevé de carrière et le nombre de trimestres validés. Si les dates sont longues mais que le montant est très faible, l’écart peut venir de l’assiette forfaitaire. Si aucune ligne n’apparaît, ou si l’intitulé semble sans rapport avec la formation, une demande de vérification devient pertinente.

Lire son relevé de carrière sans passer à côté d’une anomalie

Les lignes à examiner en priorité

Sur le relevé de carrière, les périodes liées à une formation CNASEA ne sont pas toujours libellées de façon explicite. Elles peuvent apparaître sous une mention de formation professionnelle, de période assimilée, de stage, ou être rattachées à un organisme payeur ou financeur. Il faut donc chercher à la fois les dates et les intitulés.

Un relevé se lit ligne par ligne. Une année avec un petit montant, un seul trimestre ou une absence entre deux périodes connues peut révéler une formation mal intégrée. Cette lecture attentive aide à repérer les creux administratifs avant qu’ils ne se traduisent par une perte de droits au moment du départ.

Les justificatifs utiles à réunir

Avant de contacter la Carsat ou la Cnav, il vaut mieux rassembler les preuves disponibles : attestation d’entrée et de fin de stage, notification de rémunération, bulletins ou relevés CNASEA, convention de stage, courrier de l’organisme de formation, document de France Travail ou de l’ancien organisme prescripteur. Même un document incomplet peut aider s’il précise les dates et la nature du dispositif.

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Il est aussi utile de noter les incohérences année par année : par exemple “stage de janvier à octobre, aucun trimestre”, “18 mois de formation, seulement 2 trimestres”, ou “montant déclaré mais intitulé inconnu”. Une demande claire, datée et documentée a plus de chances d’être traitée efficacement qu’une réclamation générale sur des trimestres manquants.

Que faire si des trimestres CNASEA manquent ou semblent insuffisants ?

Demander une régularisation, pas seulement une explication

Si le relevé paraît incomplet, il est possible de demander à la caisse de retraite une vérification de carrière. L’objectif est de faire examiner la période de formation, le dispositif exact et les textes applicables. Il faut mentionner explicitement qu’il s’agit d’un stage de formation professionnelle rémunéré par le CNASEA, avec les dates, le lieu, l’organisme de formation et les justificatifs disponibles.

La caisse peut alors vérifier si la période relève de cotisations forfaitaires déjà prises en compte, d’une période assimilée possible ou d’un dispositif qui ne permet pas de validation supplémentaire. La réponse peut donc être favorable, partielle ou négative, mais elle doit au moins permettre de comprendre la raison administrative.

Impact possible sur la retraite et les carrières longues

La récupération d’un ou plusieurs trimestres peut avoir un effet réel, surtout lorsque l’assuré est proche du taux plein ou d’un dispositif de carrière longue. Attention toutefois, tous les trimestres n’ont pas le même effet selon leur nature. Certains peuvent compter pour la durée d’assurance totale, mais leur prise en compte dans un départ anticipé dépend des règles applicables.

Le plus prudent est donc de ne pas attendre la liquidation de la retraite. Plus la vérification est faite tôt, plus il est facile de retrouver les documents et de corriger une anomalie. Pour une formation professionnelle payée par le CNASEA, la bonne méthode consiste à partir du relevé de carrière, à isoler les années concernées, puis à faire confirmer par la caisse si les périodes peuvent être cotisées, assimilées ou rectifiées.

Clara Lévêque-Dumontel
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